Journée d’étude du 12 février 2027 – Auditorium de l’Humathèque au Campus Condorcet à Aubervilliers. Clôture de l’appel à communications le 15 septembre 2026.
« Anarchismes et autonomies queer »
La journée vise à rassembler des réflexions qui interrogent les intersections, les résonances et les dissonances entre la pensée et les mouvements anarchistes ou autonomes et les savoirs et pratiques des minorités sexuelles et de genre. Il s’adresse à tout·e chercheur·euse indépendamment de son statut, à l’intérieur comme à l’extérieur de l’université.
Nous traversons un moment politique où les institutions libérales, de manière parfois spectaculaire et parfois silencieuse, cèdent sous la pression des poussées autoritaires tout en donnant à voir les logiques répressives qui les habitent depuis toujours. Se révèlent, ainsi, non seulement les ruptures entre régimes politico-économiques libéraux et autoritaires, mais aussi leurs continuités. La politique des minorités sexuelles et de genre n’est pas étrangère à ce contexte où une question se pose, parmi tant d’autres : qu’émerge-t-il de queer, d’anarchiste et d’autonome en deçà et au-delà du fascisme et du libéralisme ?
Cette journée d’étude se veut un début de réponse, ouverte, aux questions : Existe-t-il un champ de l’anarchisme spécifiquement queer ? Quels seraient ses objets et ses approches ?
Contributions
Les contributions autour de ces six axes sont encouragées :
- Sujets politiques, alliances, et mobilisations
- Commun, communes, espaces et horizons politiques
- Logiques et structures d’État
- Capitalisme, travail, production et reproduction
- La famille (queer) comme champ de bataille
- Corps, désir, sexualité
Les contributions pourront s’inscrire dans plusieurs disciplines des sciences humaines et sociales (anthropologie, sociologie, histoire, science politique, philosophie, infocom, etc.) et proposer des résultats ou des hypothèses de recherche issues d’enquêtes empiriques ou de réflexions théoriques. L’anarchisme et l’autonomie queer peuvent y figurer en tant qu’objet d’étude et/ou en tant que cadres d’analyse.
Axes
1) Sujets politiques, alliances, et mobilisations
- Quel est le sujet politique d’un anarchisme ou d’une autonomie queer ? Quels mouvements sociaux contemporains ou historiques revendiquent ou peuvent être lus par ces prismes ?
- Quelles politiques d’alliance se dessinent depuis ces perspectives ? Avec quelles tensions, quelles frontières, quels échecs ?
- Quels modes d’actions sont privilégiés, avec quels effets et quelles contradictions ?
2) Commun, communes, espaces et horizons politiques
- Quels horizons politiques nourrissent les anarchismes et autonomies queer ? Lesquels sont contestés ?
- Comment l’abolition ou l’exode de l’État et du capital redéfinissent le rapport à l’espace tant théoriquement que dans les pratiques militantes ?
- Quelles tensions et quelles convergences émergent entre utopisme et négativité ?
- Quels rapports se dessinent aux sentiments d’échec, de désespoir, d’espoir ou de victoire politique ?
- Finalement, pouvons-nous entendre les sujets sexuels minoritaires comme étant le produit de la modernité coloniale et du capitalisme ? (Chitty, 2020; Floyd, 2009; Foucault, 1994; Kidwai et al., 2006; Lugones, 2019; Thadani, 2016). Si tel est le cas, comment penser la
dissolution de ce sujet social et politique à l’aune d’un anarchisme queer ?
3) Logiques et structures d’État
- Depuis une perspective anarchiste queer, comment rénover nos outils analytiques, y compris l’homonationalisme ? Sommes-nous dans un moment post-homonationaliste ?
- Comment penser l’État du point de vue queer anarchiste ou autonome, ses politiques, ses institutions, ses logiques ? Comment sont-elles combattues ?
- Quelles alliances sont (im)possible avec des agences ou des structures administratives ?
- Quelles voies vers l’abolition de l’État du point de vue queer ?
4) Capitalisme, travail, production et reproduction
- Comment les théories et les politiques queer anarchistes et autonomes repensent-elles la valeur (au sens marxiste) à l’aune des travaux sur le care, le travail affectif ou le travail
sexuel ? - Quelles formes de résistance matérielle émergent face à l’exploitation capitaliste des corps queer, racialisés et crip (grèves, autogestion, exode, sabotage) ?
- Comment les communs queer (logements, santé, éducation) remettent-ils en cause les
fondements de la propriété privée mais aussi de l’État-providence ? - En quoi les expériences historiques (communes, squats, coopératives) ou contemporaines (réseaux de solidarité trans, collectifs de travailleur·euses du sexe) offrent-elles des alternatives concrètes ?
- Comment penser la dissolution du travail (au sens de sa naturalisation capitaliste) sans
tomber dans un idéalisme post-travail qui ignorerait les inégalités matérielles ?
5) La famille (queer) comme champ de bataille
- Comment les mouvements queer anarchistes et autonomes articulent-ils la critique de la famille nucléaire avec la nécessité de soutiens matériels (logement, santé, éducation) ?
- Comment penser la transmission (savoirs, mémoires, ressources) en dehors des cadres hétéronormatifs et capitalistes (Bourcier, 2025 ; Cvetkovich, 2003 ; Hartman, 2008) ?
- Comment les familles choisies et les réseaux de care queer défient-ils les logiques de l’État et du marché ?
- Quelles alliances se tissent entre luttes queer, féministes et anticoloniales autour de la
reproduction sociale (ex. : luttes pour l’avortement, contre les violences obstétricales, pour les droits des travailleur·euses domestiques) ? - Comment les expériences historiques (communes, familles élargies) ou contemporaines (collectifs de parents queer, maisons d’accueil trans) redéfinissent-elles les rapports de dépendance et d’autonomie ?
- En quoi les expériences trans autonomes (accès aux soins, reconnaissance légale,
autodétermination) (Bailey, 2013 ; Raia, 2025) recompose-t-elle les débats sur la famille et la filiation ? - Comment articuler une critique de la famille sans reproduire les rhétoriques réactionnaires et racistes (néo-malthusianisme) ou négliger les besoins concrets de protection et de solidarité ?
6) Corps, désir, sexualité
- Comment les corps queer, trans, racisés, handicapés sont-ils des sites de lutte contre le
capitalisme, l’État et le patriarcat ? - Quelles pratiques d’autonomie corporelle émergent (DIY hormonothérapie, réduction des risques, auto-défense contre les violences policières) ?
- Comment les désirs peuvent-ils être des forces de transformation sociale, plutôt que des objets de consommation ou de contrôle ?
- Comment articuler une éthique du care avec une politique de la jouissance, sans tomber dans le moralisme ou l’individualisme libéral ?
Modalités d’envoi des propositions
Les propositions de communications sont à envoyer à l’adresse anarchismequeer@proton.me en format PDF avant le 15 septembre 2026.
Elles doivent inclure :
- Titre
- Résumé d’environ 500 mots
- Notice biographique de l’auteur·e ou des auteur·es d’environ 150 mots – 5 mots clé
Comité d’organisation
Francesco Barilà Ciocca (Université Paris Cité – LCSP/CEDREF)
Gianfranco Rebucini (CNRS – LAP)
Comité scientifique
Paola Bacchetta (UC Berkeley – GWS),
Sandeep Bakshi (Université Paris Cité –ECHELLES),
Sam Bourcier (Université de Lille),
Ary Gordien (CNRS – URMIS),
Gwenola Ricordeau (professeure invitée à l’EHESS de Paris 2025-2026)
