OFFRE DE CONTRAT DOCTORAL
DOCTORAL CONTRACT FUNDING (2026-2029)
Cité du Genre
Sujet de la thèse :
Subjectivités, représentations et politiques de santé en temps d’épidémie : se raconter, se filmer, se montrer durant la crise du VIH/sida
Sous la direction de :
- Patrick FARGES (ECHELLES – UMR CNRS 8264)
- Joëlle KIVITS (ECEVE – UMR Inserm 1123)
Encadrée par un historien du genre et des sexualités et une sociologue de la santé publique, cette recherche doctorale repose sur une interdisciplinarité critique. Elle bénéficiera d’un double environnement de recherche :
- au sein du laboratoire ECHELLES (UMR CNRS 8264) : une expertise en histoire, en études littéraires et visuelles et une interrogation critique sur les enjeux de genre et les rapports de domination ;
- au sein du laboratoire ECEVE (UMR Inserm 1123), le ou la candidat·e bénéficiera d’une expertise en matière de politiques de santé et de prévention. Les modèles d’intervention complexes en santé, incluant l’éducation en santé, sont étudiés de manière interdisciplinaire, au moyen de méthodologies mixtes de recherche, et intégrant des approches transversales, dont celle du genre.
PRÉSENTATION DU SUJET DE THÈSE
1. Contexte
L’apparition de la crise du VIH/sida a déclenché une prolifération inédite de discours dans toutes les sphères de la société (Paula Treichler 1987). En particulier, elle a exacerbé la dimension morale de la maladie et fait converger les préjugés sociaux vers un ensemble de populations dites « à risques ». Malgré des moyens financiers et matériels limités, de nombreux·ses acteurs sociaux et artistes malades ont répondu à l’urgence de l’épidémie et à ses conséquences sur leur quotidien par une multiplication de récits de soi qui racontent le vécu de la maladie, le soin et le care. Ces fragments visuels, filmiques et autobiographiques sont conservés dans différentes archives communautaires et restent à ce jour majoritairement inexplorés.
Or les productions culturelles à caractère autobiographique durant les premières années de la crise du VIH/sida, ont suscité de nouvelles réflexions sur la stigmatisation et la marginalisation. À la fois personnel et relationnel, subjectif et porteur d’une vérité incontestable sur la maladie, proche et distinct des discours militants comme des discours médicaux, l’autobiographie sur le vécu épidémique met en scène l’individu souffrant dans son intimité et dans son rapport aux autres et aux institutions. Issu du champ des études littéraires, le concept d’« autopathographie » par exemple a fait date (Audre Lorde, Hervé Guibert). Les récits de la vulnérabilité ont construit une expérience à la fois personnelle et collective de la maladie, ouvrant sur de nouvelles formes de communauté et de conscience. Ces productions culturelles ont sans doute aussi contribué à poser de nouvelles bases de la démocratie en santé et à repenser les parcours de soin, en plaçant l’individu au centre des considérations.
Les bienfaits thérapeutiques et la dimension cathartique de la mise en récit de la maladie, notamment dans le cadre de dispositifs d’accompagnement par la parole et d’éducation thérapeutique, sont aujourd’hui grandement reconnus dans le champ des humanités médicales. La prise en compte de l’expérience vécue de la maladie constitue désormais un enjeu majeur dans la transformation des pratiques de soin et dans l’évolution des pratiques de gouvernance sanitaire. Pourtant, le lien historique entre récits de soi en temps d’épidémie de VIH/sida et changement de paradigme en médecine quant à la place des patient·es dans le parcours de soin n’a pas encore été clairement étudié.
Aussi, le projet s’inscrira dans une démarche d’interrogation sur la formation des savoirs et sur les relations de pouvoir dans le parcours de soin. Dans quelle mesure ces narrations textuelles et visuelles ont-elles participé d’un renouvellement des parcours de soin et in fine d’un changement de paradigme dans l’accompagnement des personnes malades et ce, malgré leur rejet initial par les professionnel·les et des chercheur·es en santé ?
2. Objectif, orientation et attendus de la thèse
Ce projet de recherche doctorale adoptera une approche innovante et interdisciplinaire prenant en compte les formes « contre-culturelles » d’action, d’expression et de subjectivation. Il s’agira d’intégrer à la réflexion des discours peu connus pour leur rôle-clef dans la production de connaissances sur la maladie à une période charnière, des années 1980 et jusqu’à l’apparition des trithérapies. Le projet ira au-delà des études existantes sur l’impact de l’activisme en VIH/sida. Il pourra aussi considérer la circulation transnationale de ces autobiographies textuelles et visuelles, et leur réception par les politiques de santé à un niveau plus global. De fait, la recherche en VIH/sida s’est jouée à l’international, bien souvent surreprésentée par des spécialistes de santé publique. Il est essentiel de s’intéresser aux différents contextes et aux disparités en lien avec le VIH/sida.
Des outils heuristiques issus des humanités médicales critiques pourront être mobilisés pour développer une approche holistique de l’expérience humaine de la maladie, non seulement d’un point de vue pathologique, mais aussi d’un point de vue psychosocial et en lien avec la mise en récit de soi.
Le sujet s’articulera autour de trois axes : (1) l’analyse et la collecte des archives de ces subjectivités en temps de VIH/sida ; (2) l’étude approfondie des mécanismes de (re)subjectivation et de thérapie dans un contexte épidémique et d’intense stigmatisation ; (3) une réflexion transversale sur l’histoire récente de l’évolution des politiques de soins et de santé, et plus particulièrement des dispositifs éducatifs en santé. Sous l’angle croisé de l’histoire, des études culturelles, de la santé publique et des études médicales critiques, ce projet entend interroger comment, avec l’émergence de la crise du VIH/sida, un grand nombre de productions culturelles et artistiques ont participé à la création de nouvelles narrativités sur la maladie, contribuant à une nouvelle démocratie en santé, tout en portant un regard renouvelé non seulement sur l’art, mais aussi sur le corps marginalisé.
CONTRAT :
Rattachement de la doctorante ou du doctorant : Faculté SH (et rattachement secondaire Faculté Santé), Université Paris Cité
Laboratoire : ECHELLES
École doctorale (UPCité) : Ecole Doctorale 624 Sciences des Sociétés
Lieux de travail : ECHELLES et Cité du Genre (Université Paris Cité)
Type de contrat :
- CDD / contrat doctoral
- Durée du contrat : 36 mois
- Date de début de la thèse : 1er octobre 2026
- Quotité de travail : temps complet
- Financement : Cité du Genre (inIdEx, Université Paris Cité)
Rémunération : Environ 2300 €/mois brut
CANDIDATURES
Date limite de candidature : 31 mai 2026
Les auditions des candidat×es sélectionné.es auront lieu le 23 juin 2026.
Modalités de dépôt :
Le dossier de candidature sera soumis sous la forme d’un seul fichier pdf dont le nom respectera la structure suivante : NOM_Prénom_CDG_CD_VIH.pdf
A adresser à : wenjing.guo@u-paris.fr ;
Contenu du dossier :
- Une lettre de motivation
- Un CV détaillé
- Un relevé de notes de M1 et de M2
- Le projet de thèse de 5 pages maximum : contexte et positionnement par rapport à l’état de l’art ; objectif (et hypothèses le cas échéant) ; méthodologie ; calendrier ; références.
- Une attention particulière sera portée aux éléments du CV et de la lettre de motivation faisant ressortir un intérêt porté aux questions liées au genre et à la santé. Une à deux lettres de recommandations peuvent être incluses au dossier.
